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Falstaff dès lundi 12 juillet à 20h (Arts)

Falstaff (ou les infortunes d'un ventru)
d'après Henry IV (1ère et 2e partie), de William Shakespeare

Dès lundi 12 juillet au dimanche 1er août à 20h
Mercredi 21 et 28 mercredi juillet à 14h
Relâche: mercredi 14, vendredi 16, vendredi 23, jeudi 29, vendredi 30 juillet
Supplémentaire le lundi 2 août

Mise en scène : Frédéric Polier - Assisté par : François Florey
Jeu : Laurent Sandoz, David Marchetto, Christian Scheidt, Bernard Escalon, Céline Goormaghtigh, Vincent Aubert, Anne-Laure Luisoni, Jean-Luc Borgeat, Pietro Musillo, Olivier Périat, Jacques Michel, Mathieu Loth, Lolita Frésard
Musiciens : Philippe Koller, Philippe Ehinger - Scénographie : Pietro Musillo
Costumes : Florence ! Magni assistée par Laure Gaury
Lumières : François Béraud, Diego Perez Molina Régie lumière : Jean-Michel Carrat
Maquillages : Arnaud Buchs - Dramaturgie : Didier Nkebereza
Facéties : Matthias Urban - Maître d'armes : Marek Vuillien

Après Cyrano, dont il porta le nez la saison dernière, Frédéric Polier réaffirme son penchant pour les personnages aux excroissances démesurées, courbes généreuses et verbe tonitruant, à contre-courant de notre époque «light», 0% de matière grasse et phobie du cholestérol, où l'on coupe hardiment les lipides qui dépassent. Cette année, il entend donner vie à Falstaff, dans une adaptation très libre de Henry IV, cette grande fresque en deux volumes, entre la farce bouffonne joufflue et la tragédie historique touffue. S'il se souvient avoir porté jusqu'à l'usure l'ample chemise qu'arborait l! e baryton Ruggero Raimondi dans Falstaff de Verdi au Grand-Thé! âtre, c'est aussi à une curieuse passion pour les tableaux généalogiques de la royauté anglaise qu'il doit son immersion délicate dans les pièces historiques de Shakespeare, affirmant «qu'à l'instar de Tolstoï dans «Guerre et Paix», il amène plus que n'importe quel historien». C'est aussi «un hommage appuyé au théâtre, avec la figure du comédien déchu comme prétexte, l'histoire de Falstaff me paraissant très proche de nos destins d'acteurs».

Henry IV, ce sont deux pièces encastrées dans la seconde tétralogie de Shakespeare, débutée avec Richard II, où l'on voit le roi Henry IV (1399-1413), surnommé Bolingbroke, devenu le chef de l'opposition féodale après son exil et la confiscation de ses domaines, et qui force son cousin Richard II à abdiquer. Il triomphe de ses ennemis, Gallois et Ecossais, assurant ainsi la prépondérance de la maison de Lancastre sur celle d'York. Suite et fin dans Henry V. Dans Henry IV, Shakespeare questionne les valeurs éternelles de la ! royauté et la légitimité du pouvoir, abus et usurpations inclus. Passage à la moulinette de la fonction royale de droit divin, perçue comme garantie de l'ordre social et de l'unité nationale, encore ébranlés par l'anarchie féodale et la guerre civile.L'histoire s'ouvre avec le roi qui espère pacifier l'Angleterre par une croisade à Jérusalem. Quelle meilleure manière d'apaiser les tensions intérieures que d'envoyer ses sujets guerroyer à l'extérieur ? Ca occupe les grands du royaume et ça laisse la paix se reposer… Et rien de tel pour se redorer le blason ou raviver l'éclat d'une couronne ternie ! Troubles et complots viennent hélas contrecarrer ce noble projet. Non seulement le roi a-t-il une rébellion à mater mais son fils, le prince Hal, lui cause bien du souci, à traîner dans les tavernes en compagnie de très peu recommandables individus. Sera-t-il apte à gouverner ? Telle est la question. Plus qu'une reconstruction historique, c'est une transfiguration poétique, basée ! sur la chronique et la tradition populaire. Sur une trame un p! eu usée, ! Shakespare tisse une satire de haute lice dont le rythme, la virtuosité et la faconde lui font un cousinage rabelaisien au plus haut degré. Insertion du comique dans la tragédie ou irruption des vicissitudes de l'histoire dans la comédie ? Une théorie veut que cette pièce à double intrigue ait été en fait deux pièces distinctes, une tragique en vers et une comique en prose, reliées pour n'en faire qu'une seule ; mésalliance, imbroglio inextricable, puzzle d'anachronismes, qui ne prendraient justement sens qu'en les séparant.

Le mystère restera entier ! Dans cette très particulière éducation d'un prince, c'est Falstaff qui tient le haut du pavé. «False stuff», serait-on tenté de le dénommer, tant cette «mappemonde de toutes les terres pécheresses» est grosse de simulations, revirements et chausse-trappes. Un personnage complexe et irréel, à l'instar d'un Don Quichotte, un «type» inspiré par les poètes satiriques latins, à qui la Commedia dell'Arte empruntera à s! on tour ses personnages. Falstaff en état de graisse, la verve à l'air et fort en gueule, impénitent trousseur de jupons et détrousseur de pigeons. A son menu programme : kilos de bonne chère & chair tendre, gloutonnerie & poltronnerie, couardise & paillardise, pleutrerie & ladrerie. Coupable de grivoiserie d'auberge à la Tête de Sanglier d'Eastchap, où se déroule une grande partie de l'intrigue, Falstaff évolue en interface avec la Cour et ses intrigues, dans le monde interlope des bas-fonds d'York, ses tavernes et ses rues mal famées de «ruffians», «ragamuffins», chevaliers de la lune, clochards célestes, clowns tristes, poètes à deux shillings, aubergistes girondes et demoiselles aux vertus minuscules. Pierre de touche et lien entre deux mondes juxtaposés qui ne se mélangent pas. En une choralité foisonnante, on s'y taille des costards en pure laine d'Ecosse avec une grossièreté raffinée, en chaînes d'images largement en dessous de la ceinture, à peine dissimulées sous l! es plis du vers. Armé d'une langue surprenante de vitalité et ! d'inventi! vité, avec une empathie et une humanité exemplaires, l'auteur fait défiler une étonnante galerie de personnages en un carnaval de saillies drolatiques et de discours austères. Insouciance, obscénité, allégresse, gravité, se succèdent ainsi, en duels, affrontements et joutes verbales.

D'un machiavélisme annoncé, et avoué, la reconversion du prince, qui ne joue même pas à l'homme pris en étau entre sa conscience et la raison d'Etat, vient soudain pulvériser les rêves de grandeur de Falstaff.
Les critères moraux se confondent ainsi avec la réussite politique qui bafoue la notion d'honneur, au centre de la pièce. Utilisé comme faire-valoir, ou repoussoir, Falstaff, comme tous les bouffons dans Shakespeare, finit mal, victime ahurie du pragmatisme cynique de ce nouvel Henry V, lequel renonce aux plaisirs de la ripaille et renie avec mépris ses anciens compagnons de débauche. Sorti de son purgatoire, Falstaff réapparaîtra, très affadi, dans Les Joyeuses commèr! es de Windsor, semble-t-il à la demande de la reine, qui prisait fort ce caractère haut en couleuvres à (faire) avaler et en fanfaronnades flamboyantes.

Sabine Lalive D'Epinay

l'Orangerie Théâtre d'été -

[Klay]
www.lorangerie.biz 28 juillet 2010 à 07:58:38


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