|
Si vous n’avez jamais lu de Perec vous pouvez commencer par celui-là. Si vous aimez Perec, comme il se doit, vous ne pourrez qu’être content de l’édition de ce “premier roman abouti”, puisque c’est ainsi qu’il l’appelait. Si l’on croit la préface érudite de Claude Burgelin c’est un malheureux concours de circonstances et quelques facilités stylistiques qui empêchent ce livre d’être publié au début des années 60. Étrangement, une de ces facilités (“ Un bon Titien vaut mieux que deux Ribera“) me semble aujourd’hui, parce qu’elle est placée dans la bouche d’un faussaire, intéressante et probante de l’amour de Perec pour les jeux de mots. On se reportera avec plaisir à ses grilles de mots croisés.
“Le Condottière” présente une sorte de confession faite par un faussaire qui a égorgé son commanditaire. Le faussaire, Gaspard Winckler, s’est évertué à réaliser un condottière capable de rivaliser avec celui qui est exposé au Louvres peint en 1475. Il va de soi qu’il a réussi. Il a atteint le sommet de son art et ne peut plus que “décliner”. Plutôt que de s’en prendre à lui-même ou à son œuvre de cette réussite qui l’accable en quelque sorte, pour se délivrer, il tue. Sa confession est une tentative de justification...
Perec s’en donne à cœur joie, il jongle avec les mots, sa culture, la culture tout court. Il monologue comme sur une scène - une version scénique de ce roman serait intéressante - et s’écoute parler, faire des jeux de mots. Et cela se lit avec ce plaisir qu’apportent les auteurs dont on sent qu’ils sont de notre côté et qu’ils écrivent aussi bien pour eux que pour nous. Un livre pour l’automne aux couleurs proches de celles du portrait en couverture. Mais avec un soleil suffisant pour lire dehors... Du grand Perec.
|