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Discrimination, exclusion des structures sanitaires ou analphabétisme : c’est la triste réalité que vivent de nombreuses femmes dans le monde. Le plus gros obstacle à leur progression dans les structures politiques, sociales et économiques est la violence. Au Guatemala et au Mexique notamment, la violence est particulièrement brutale, menant souvent à la mort, et elle porte même un nom : le « féminicide ».
Il n’y aura pas de véritable démocratie tant que les femmes seront victimes de violence sexuelle et domestique, de mutilations, de traite ou d’indifférence institutionnelle. L’assassinat de femmes – ou féminicide – est particulièrement intense dans les zones de conflit ou sortant d’un conflit. Au Guatemala et au Mexique, la cruauté à l’égard des femmes est particulièrement grave en raison de la situation sociale d’exclusion, de pauvreté, de discrimination et de travail informel, mais aussi en raison de la faiblesse de l’Etat et de la présence d’acteurs armés.
Au Guatemala, plus de 4000 femmes ont été assassinées depuis 2001. La plupart des victimes étaient âgées de 13 à 33 ans et provenaient de milieux socioprofessionnels très différents; mères au foyer, éducatrices, professeures, paysannes, dirigeantes syndicales, employées de maison ou commerçantes. La situation est la même au Mexique, et est particulièrement grave à Ciudad Juárez, où plus de 500 assassinats ont été commis depuis 1993.
La situation de violence dans laquelle vivent nombre de femmes et de jeunes filles d’Amérique latine est liée à la pauvreté et à la place que leur impose la société, aux niveaux familial, religieux et professionnel. Les structures sociales sont empreintes de machisme traditionnel, et empêchent la femme d’être actrice de sa propre vie.
La modernisation et la mondialisation économique transforment l’identité féminine : son statut économique et familial change et elle se place dans une lutte de pouvoir avec l’homme. Pour maintenir son statut, ce dernier a recours à la violence. De manière plus générale, la société traditionnelle et conservatrice peine à accepter le nouveau rôle de la femme : une actrice sociale maîtresse de ses actes et dont les décisions peuvent être des facteurs de transformation.
Au Guatemala, l’évolution du féminicide est marquée par deux périodes de forte intensité. Dans les années 80 d’abord, en plein conflit, plus de deux cent mille personnes ont été tuées en huit mois, dont une grande proportion de femmes. Leur exécution était liée à leur engagement politique, militaire, religieux ou en faveur des droits humains. La violence physique et sexuelle était un moyen de répression sélectif contre les femmes leaders, qui représentaient une menace pour le pouvoir en place.
Aujourd’hui, le féminicide sévit à nouveau fortement. Les autorités nient l’existence d’un réel phénomène, et expliquent les meurtres par des actes spontanés, accidentels ou passionnels. De leur côté, les familles des victimes et les défenseurs des droits humains accusent les membres des maras, les trafiquants de drogue, les policiers et les militaires. Selon les proches, il s’agit d’une stratégie délibérée à l’encontre de victimes impuissantes et d’actrices potentielles du changement. Ils soulignent également le laxisme et l’indifférence des pouvoirs publics qui provoque une terreur au sein de la population. Les femmes victimes de violences sexuelles, de tortures et d’assassinats sont souvent abandonnées sur la voie publique, servant ainsi d’exemples aux autres femmes qui auraient l’intention de s’engager dans un combat social et politique. La violence et l’impunité sont devenues des outils de contrôle social.
La situation est similaire au Mexique. Elle prend cependant une forme particulière à Ciudad Juárez, zone franche industrielle voisine des Etats-Unis. Là-bas, les assassinats sont liés aux conditions d’extrême précarité des ouvrières des maquiladoras, usines de sous-traitance exploitées par des multinationales, et à la criminalité résultant de la présence du plus puissant cartel de drogue du pays. Le féminicide y est complètement banalisé et toléré.
Les deux pays ont pris des mesures législatives afin de prévenir et d’éradiquer la violence faite aux femmes et lutter contre le féminicide. Sur le plan national, le Guatemala a réalisé un pas historique, au début 2008, en approuvant une loi contre le féminicide et autres formes de violence envers la femme. En Amérique centrale, c’est la première loi contre ce crime en constante augmentation et bénéficiant d’une impunité presque totale. De son côté, le Mexique a adopté en février 2007 une loi générale relative au droit des femmes à vivre sans violence.
Sur le plan international, les deux pays ont signé et ratifié la Convention de l’ONU sur l’élimination de toutes formes de discrimination à l’égard des femmes, et la Convention interaméricaine sur la prévention, la sanction et l’élimination de la violence contre la femme.
Ces instruments de protection soulignent une avancée certaine pour la femme, mais ils peinent toutefois à résoudre le problème car ils ne s’attaquent pas aux causes profondes, et manquent souvent d’efficacité dans leur application. Le taux élevé d’impunité aggrave la situation et plombe les efforts fournis. Les autorités judiciaires lésinent à enquêter et à traduire en justice les cas d’abus. La création de la Commission internationale contre l’impunité au Guatemala (CICIG) est un pas encourageant dans le renforcement des institutions étatiques et la prise en charge du problème des crimes impunis.
La société civile prend le relais des pouvoirs publics dans un climat de menaces. L’organisation Sector de mujeres se mobilise ainsi pour l’application des engagements officiels du gouvernement en faveur de la femme. Accompagnée par PBI au Guatemala, elle travaille dans la lutte contre la violence et pour le développement économique des femmes, en dénonçant l’impunité et le féminicide. L’ONG n’échappe pas à la règle qui veut que ce type d’initiatives civiles est souvent sévèrement réprimé.
Des avancées ont cependant été réalisées. En ce sens, le 16 avril dernier, Antonio Rutilio Matías López, ancien agent de la Police nationale civile (PNC), a été condamné à 20 ans de prison pour viol et abus de pouvoir à l’encontre de Juana Méndez Rodriguez, femme d’ethnie quichée maltraitée et emprisonnée à tort. Reste à savoir si ce cas, emblématique au Guatemala, entraînera d’autres avancées.
Un outil pour les femmes et la paix
En réponse à la pression d’organisations non gouvernementales pour que la question des femmes soit enfin à l’ordre du jour, les Nations unies ont adopté, le 31 octobre 2000, la Résolution 1325. Elle vise trois objectifs : le renforcement de la participation des femmes aux processus de décision dans le domaine de la promotion de la paix, la prévention de la violence sexiste et le respect des droits des femmes, et l’intégration d’une perspective de genre dans tous les projets et programmes de promotion de la paix.
La Suisse est très active dans l’application de ces recommandations. Depuis le 8 mars 2007, elle dispose d’un plan d’action national pour leur mise en œuvre et fait partie, depuis son adhésion aux Nations unies, du « Groupe d’amis de la résolution n°1325 », plaidant en faveur de l’application de ce texte.
PBI Suisse s’engage quant à elle à travers le projet «Gender and Diversity mainstreaming » qui promeut la reconnaissance des rôles des genres et l’égalité des chances. Compte tenu de sa méthode de travail basée sur la non-ingérence, PBI ne peut pas influer directement sur les inégalités de genres dans les pays des projets. Elle reste cependant sensible à la question en lui donnant un poids dans ses différentes approches. Sa longue expérience d’accompagnement de défenseurs des droits humains lui permet de confirmer le rôle essentiel des femmes dans la promotion de la justice sociale.
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