|
Au pied des montagnes enneigées d’Asie centrale, un vent nouveau souffle sur la ville d’Urumqi : un élégant professeur arrive de Shanghai, un gros dictionnaire d’anglais sous le bras, pour enseigner cette langue aux élèves de la ville. Liu Aï en fait partie et le jeune garçon découvre alors un monde inconnu, peuplé de gentlemen, de culture et de libre pensée, monde attirant mais dangereux en ces années de Révolution culturelle.
Mélancolique et impitoyable, “English” décrit par les yeux d’un enfant qui grandit l’ambiance de ces années de répression. Et c’est deux mandats que ce roman se propose de remplir : décrire l'atmosphère quotidienne d’une Chine communiste et suivre Liu Aï dans ses premiers émois d’adolescent. Car le héros aime écouter aux portes et regarder dans les douches des femmes, surtout lorsque la belle Hajitaï y est et il découvre peu à peu l’amour (“Aï” en chinois). D’abord maladroit et blessant, Liu Aï apprend peu à peu le sens du mot compassion grâce à l’amitié qui l’unit à son professeur. Lui seul se tournera vers ce jeune garçon, les autres adultes étant trop occupés par les intrigues et les secrets provoqués par la politique de Mao. La dimension politique étant très présente dans ce roman, il est conseillé de connaître un peu la situation de l’époque. En effet, Wang Gang écrit pour des Chinois de “l’intérieur”, conscients de l’impact de la Révolution culturelle (certains l’ayant vécue), et en utilisant le regard d’un enfant qui ne comprend pas les manigances des adultes. Tout est évoqué mais pas expliqué. “English”, une bouffée de liberté sous une politique étouffante, entre espoirs pas encore trompés et nostalgie lucide…
|